Daisetsuzan – 4ème jour

Certainement la journée la plus dure avec un long trajet peu fréquenté, le mont Oputateshike à gravir et avec peu d’endroits où passer la nuit.

Départ

Chemin à suivre au départ

Réveil mis à 3h30. Un peu de mal à me lever d’autant plus que le vent souffle et qu’il fait froid. Mais la journée va être longue et autant partir le plus tôt possible. Léger petit-déjeuner, je n’ai pas beaucoup d’appétit. La tente est trempée avec la condensation (toile) et du fait des pluies de la veille (sol). Je commence à marcher à 5h25 avec le Goretex en veste (à cause du vent et du froid) et en pantalon (avec la pluie de la veille, les pieds risquent d’être trempés).

Début du parcours assez plat, en bordure des falaises avec une très belle lumière. Alternance de petites descentes et montées, avec peu de plantes en bordure de chemin, elles ne sont pas trop mouillées.

Puis il commence à y avoir des sasa (sorte de bambou) mais de petite taille ce qui n’empêche pas d’avoir déjà les pieds mouillés. Je croise un professeur avec plusieurs étudiants, ils ont les jambes toutes mouillées. Je me demande bien où ils ont dormi.

Une longue descente

Oui, le chemin est devant, au milieu des sasa !

Puis c’est la longue descente comme indiqué par la carte à partir du point de bifurcation dit Sansendai (三川台). Mais au niveau du chemin, je n’ai pas vu l’autre chemin et il n’y a aucune indication de nom ou de panneau. Je n’ai pas trop le choix, c’est par là, qu’il faut aller. Les choses se compliquent car les sasa sont de plus hauts, plus denses et on ne voit plus où mettre les pieds. Je croise 2 japonais complètement trempés. Peu après, j’entends des bribes de voix, certainement les français. En effet, je les rattrape et ils me laissent passer peu avant que la pente ne remonte. Eux aussi sont tout trempés.

Au début de cette montée, encore des ‘sasa’ puis pente raide montante et quasi lisse, heureusement qu’il y a une longue chaîne d’au moins 20m pour arriver en haut de ce petit sommet. Longue pause à proximité de Shirigane-yama (シリガネ山) à 1708m pour manger et boire. J’ai déjà beaucoup transpiré et bu, il fait chaud/soleil. Je risque d’être un peu à court d’eau. Je garde le haut et bas en Goretex pour éviter d’être “trop” mouillé, ou encore plus mouillé. C’est déjà trop tard pour les pieds.

Chemin le long de la falaise

Regard en arrière sur le chemin emprunté

Le chemin longe la falaise côté droit. Il passe parfois très près du vide, et même si la végétation est très dense, je n’aimerais pas glisser et y tomber. A quelques endroits, le chemin s’est affaissé. Comme un chemin de crête, enchainement de montées et descentes, de petits sommets avec toujours cette dense végétation à traverser (sasa, pins). Puis un plus grand sommet, le Kosumanupuri (コスマヌプリ) à 1626m. Peu après, une formation rocheuse ressemblerait bien au Kabuto-iwa (カブト岩). Il n’y a aucune indication d’endroit, je ne pense être sur le chemin mais c’est un peu compliqué de savoir si je suis dans les temps ou pas.

Eprouvante descente

Empreinte d’ours

Ensuite très longue descente, très éprouvante. Les sasa sont encore plus hauts, généralement à hauteur de bras, et parfois au-dessus de la tête. Surtout, on ne voit jamais ses pieds et c’est un vrai piège car il y a des racines, des pierres, des trous, de la boue très glissante, de l’eau, … Bref, tout pour déstabiliser le pas.

Il y a aussi des ruptures de pente (qu’on peut parfois deviner quand la tête dépasse des sasa) ou alors encore pire, une rupture brusque de chemin avec plusieurs pierres, plus difficiles à voir et à passer. C’est un peu comme rater une ou deux marches dans un escalier.

Les sasa sont complètement trempés. Je fais quelques glissades contrôlées, mais aussi deux 2 chutes. La première à cause d’une racine où je suis littéralement allongé sur ou dans les sasa, heureusement pas de pierre et je ne me fais pas mal mais encore plus trempé au niveau de la tête. Une autre où complétement déstabilisé, je me suis renversé et arrive à me rattraper aux sasa pour éviter que les fesses et le sac ne prennent de la boue. Le seul avantage du sasa est qu’on peut les prendre à pleines mains sans se blesser, et de pouvoir ainsi éviter une glissade ou une chute.

La descente est vraiment pénible et interminable, j’ai rarement vu cela. Nombreuses rainettes qui disparaissent à mon passage.
Quelques empreintes de pas, cela doit être les deux japonais croisés ce matin, mais à plusieurs reprises 4 ou 5 traces parallèles comme des griffes … d’ours. Je me demande comment cela peut être fait avec une paire de chaussures. La pente devient moins raide, les sasa se sont espacés, et on peut distinctement voir le chemin. Et là, une empreinte qui ne laisse aucun doute, un ours. Griffes bien visibles, de la taille d’une grande chaussure. Dans ce chemin digne d’un boyau de tranchée, je n’aimerais pas du tout être face à un ours. J’accélère le pas pour sortir de cette ornière.

Le terrain intermédiaire pour camper

Le mont Oputateshike (オプタテシケ山) – 2012m

J’aboutis à un terrain plat constitué de petites mares, de petits cours d’eau et de buttes de terre/végétation. Une sorte de marais labyrinthe. Le chemin n’est pas clair du tout, et heureusement qu’il y a quelques empreintes pour ne pas avoir trop à hésiter.

J’arrive à ce qui ressemble au terrain intermédiaire où on peut camper, Futagoike (双子池キャンプ地 ). Il n’y a que très peu de places (deux ? voire trois), et elles sont étroites et très humides à proximité d’eau qui coule. Ce n’est pas très engageant et cela ressemble à un terrain de prédilection pour les ours. Et je n’ai pas envie de dormir ici. Je suis dans les temps, la question ne se pose pas, et je vois clairement la longue montée qui m’attend.

Courte pause pour boire, l’eau va me manquer, c’est certain. Une pierre indique le chemin mais impossible de deviner où il va sur l’imposant sommet à gravir. A droite, des sasa à profusion mais pas l’ombre d’un chemin. A gauche, plusieurs chemins mais qui mènent tous à la rivière ou du moins ce qu’il en reste.

Vérification avec la carte, pour confirmer que je suis bien au camp: le chemin part de ce camp pour prendre ce qui semble être la ligne de plus grande pente vers ce sommet. Il y a un grand pierrier, et j’imagine le chemin dans ce pierrier, et qu’au pire, si je ne trouve rien, j’irai à l’arrache dans ce pierrier. Je ne veux en aucun cas rester ici ou m’y éterniser, d’autant plus qu’il me reste des forces et du temps.

Entre la rivière et les sasa, c’est un dédales de petits morceaux de chemins qui n’aboutissent nul part. Cela ressemble à un terrain dévasté par les orages et écoulements d’eau. Je progresse en zigzag et en prenant de la hauteur pour retrouver ce chemin, et ouf, enfin un vrai chemin et aussi des marques.

Le mont Oputateshike (オプタテシケ山) – 2012m

Bientôt au sommet du mont Oputateshike (オプタテシケ山) – 2012m

Je prends l’ascension à bras le corps, raide mais j’avance bien, motivé par le temps que j’ai mis pour arriver au camp (même si j’ai du perdre une quinzaine de minutes à chercher le chemin). Finalement, le chemin longe le pierrier par la gauche sans le traverser. Parfois de la terre, un peu de végétation ou des pierres. J’arrive en haut de la pente que je croyais être le sommet.

Quelques secondes après, deux guides japonais et leur client arrivent. Ils vont passer la nuit à Futagoike, ils m’indiquent que le sommet est à environ 30mn. Ligne de crête à suivre avec quelques aplombs impressionnants, et de rares passages à faire avec les mains. On est plus dans le style Alpes japonaises.

Sommet de Oputateshike (オプタテシケ山) à 2012m. Courte pause, impossible de profiter de la vue car dans les nuages. Descente avec 2 sommets intermédiaires: le mont Bebetsu (ベベツ岳) à 1860m et le mont Ishigaki (石垣山) à 1822m.

Au début, roche rouge volcanique. Un chaos à traverser et on voit l’abri avec en effet un terrain pour camper mais pas très grand. Il y a déjà une tente. Je ne vois pas de présence d’eau. Bifurcation avec passage plat au milieu des herbes, l’abri est petit et très simple. Confirmation qu’il n’y a que quelques places, je prends la moins pire, humide et à côté d’un écoulement d’eau. J’espère qu’il ne pleuvra pas cette nuit. Je suis arrivé à 14h55, j’ai mis 9h30 en incluant pause et recherche de chemin. Je suis content mais éreinté, assoiffé et je n’ai peut-être pas assez mangé. Et les conditions du chemin étaient plus éprouvantes que je ne le pensais.

Camp de Bieifuji (美瑛富士キャンプ地)

Camp de Bieifuji (美瑛富士キャンプ地)

Priorité, mettre la tente. Ensuite, chercher de l’eau. Il y a bien un mince filet d’eau à côté mais cela ne me semble pas terrible. Il y a un autre chemin qui part du refuge. Le chemin descend vite mais comme les sasa ont été récemment coupés, je suis assez optimiste. Je descends, je descends et arrive à ce qui pourrait être un cours d’eau … mais sec. Bon autant remonter, longue remontée. Inutile. Je me porte alors vers le mince filet d’eau que je suis, et finalement un décrochement d’un petit mètre permet d’avoir un endroit où récupérer de l’eau.

J’avais trop soif, et j’apprécie trop ce chocolat chaud avec quelques amandes sèches. Comme tous les soirs, je prépare l’eau pour le repas et pour le lendemain. Je retourne chercher plus d’eau, mais au décrochement d’un petit mètre, je saute, et à la réception, je comprends tout de suite qu’il y a un problème: craquement dans le genou gauche, douleur vive et aiguë (sur la face droite interne, un peu en dessous de la rotule), et apparition immédiate d’un petit bleu légèrement bombé. Immédiatement, cela me fait penser à une entorse avec ligament qui saigne ! Pas bon, c’est trop con après une si bonne journée.

Que faire ? J’applique de la poche d’eau froide, et je décide de ne mettre aucun médicament. Je veux savoir quel est le vrai niveau de la douleur, les mouvements la provocant et son évolution pour prendre les bonnes décisions demain. Au toucher, la douleur est très localisée. Je ne ressens pas de gêne à la marche et c’est uniquement en position accroupie que la douleur est présente. Mais, impossible d’en connaître la gravité et aussi comment cela va évoluer en marchant avec les dénivelés et le sac à dos et les risques éventuels de continuer à marcher.

De toutes manières, je vais devoir rentrer par mes propres moyens. Il me reste deux jours pleins (je peux même me permettre une journée entière de repos) et il y a plusieurs possibilités. Mais cela me gâche la soirée, pas beaucoup d’appétit.

Je me couche vite, un peu d’angoisse pour l’état du genou pour le lendemain. Je m’endors rapidement mais réveillé par la pluie vers 21h. Elle ne dure pas.

 

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Information
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Lf Hiker | E.Pointal contributor

Traversée du Daisetsuzan (Japon) - 4ème jour   

Profile

50 100 150 200 5 10 15 Distance (km) Altitude (m)
Aucune donnée de dénivelé
Nom: Aucune donnée
Distance: Aucune donnée
Altitude minimum: Aucune donnée
Altitude maximum: Aucune donnée
Montée cumulée: Aucune donnée
Descente cumulée : Aucune donnée
Durée: Aucune donnée

Description

Daisetsuzan – jour 4

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