Les mines de Potosi

La ville de Potosi et le Cerro Rico (les mines) - Bolivie
La ville de Potosi et le Cerro Rico (les mines) – Bolivie

[L’histoire de Potosi] [La descente dans les mines] [Les sacrifices de lamas]

L’histoire de Potosi

Potosi. Le choc et la consternation. Ville de la honte pour l’Europe pour y avoir pillé la Bolivie de ses richesses minières (argent pur au début!) et pour n’y avoir laissé que la désolation et les os de plusieurs millions d’esclaves et de travailleurs (certaines estimations vont jusqu’à 6 millions). Depuis 1545, ce sont plus de 30.000 tonnes d’argent qui furent extraites du Cerro Rico (montagne qui domine Potosi), et directement envoyées vers l’Europe. Au début, le minerai était si riche qu’il n’avait pas besoin d’être traité. Les espagnols développèrent a grande échelle la culture de coca pour “nourrir” et “encourager” leur main d’oeuvre. Au 17ème siècle, Potosi était la plus grande ville d’Amérique et d’Europe.

La descente dans les mines

Dans les mines de Potosi (Bolivie)
Dans les mines de Potosi – Bolivie

C’est donc avec beaucoup d’émotions que je décidais de descendre dans l’une de ces mines encore en activité. Plongée bien réelle dans un univers à la Germinal avec le corps courbé en 2, les pieds dans l’eau, la lampe à la main, le casque sur la tête et de l’air impur à volonté.
La mine visitée était faite sur 5 niveaux de galeries. Du niveau d’extraction à la sortie, ce sont plus de 80m de dénivelée où tout est remonté à la force humaine ou à dos d’hommes. De minuscules boyaux permettent de passer d’un niveau à l’autre avec de délicats passages d’escalade. Au 3ème niveau, les minerais sont transportés dans des wagons de 2 tonnes poussés et tirés … par des hommes. Des rails approximatifs qui avec les 20cm d’eau rendent fréquents les déraillements. Les galeries sont justes assez larges pour les wagons; à leurs passages, tout le monde se plaque à la paroi pour attendre que le wagon ne passe qu’à moins de 30cm de son ventre…

Dynamite en vente dans la rue - Potosi (Bolivie)
Dynamite en vente dans la rue
Potosi – Bolivie

Au fond de la mine, c’est la rencontre avec les mineurs qui profitaient de la pause de midi pour changer leur chique de coca. Tous crachent et toussent grassement: la maladie de la silicose commence à s’infiltrer. La plupart étaient très jeunes (17-18 ans), celui de 21 en paraissait déjà 40 ans. Ils adorent le foot. Ils ont demandé de l’eau pour boire. Je me suis senti un peu ridicule en n’ayant qu’un bâton de dynamite à offrir (acheté du matin, en vente libre dans la rue).
En remontant à la surface, j’ai souhaité porter un de leur sac: 35/40 kilos de minerai dans un sac de toile porté au bout de 2 ficelles autour des épaules. Je l’ai remonté d’un niveau (environ 20m de dénivelée). Avec la dense poussière de silice, les gaz nocifs (arsenic, …), le manque d’oxygène (altitude de 4200m), les incessants passages des travailleurs (certains avaient 13 ans), le sol rendu glissant par l’humidité, une galerie taillée en colimaçon et moins d’un mètre de hauteur, ce fut un vrai “calvaire” où j’ai rampé et craché mes poumons. J’avais hâte de poser ce sac. J’étais épuisé pour le reste de la journée, avec la gorge irritée et les épaules sciés pendant 2 jours. Un mineur doit faire le double de ma distance accomplie, et ce de 40 à 60 fois par jour…
Ce sont des conditions de vie et de travail peu enviables, encore dignes du Moyen Age. Inutile de dire que je suis sorti de la mine en état de choc, et exténué.

Les sacrifices de lamas

Sacrifice de lamas à l'entrée de la mine - Potosi (Bolivie)
Sacrifice de lamas à l’entrée de la mine
Potosi – Bolivie

Les samedis du mois de juin à Potosi sont l’occasion d’un rite: sacrifices de lamas en l’honneur de la Pachamama (Terre-Mère, dieu inca) pour demander protection et richesse. Telle de l’eau bénite, les mineurs aspergent l’entrée de la mine du sang des lamas sacrifiés. Il y avait du sang partout !
Ce fut l’occasion d’échanges de feuilles de coca et de l’alcool à 96 degrés. J’ai passé une après-midi sous le soleil à boire avec les mineurs un mélange coca-alcool à 96°. Et donc à 5 heures de l’après-midi, je n’étais plus du tout frais mais bien affamé pour dévorer une côte de lama à pleines mains. Pour l’hygiène, je n’y ai pas pensé: lamas découpés à même le sol en plein soleil, viande rouge à peine cuite dans un nuage de poussières soulevées par les passages incessants des camions , et mes mains soigneusement lavées du matin avant la visite de la mine,… Pour le goût du lama, avec tout l’alcool absorbé, je n’en ai aucun souvenir.
Potosi a aussi de superbes bâtiments et églises à l’architecture coloniale et baroque qui témoignent de sa splendeur passée.

 

      Suite du voyage et du récit: Sucre et Santa Cruz